Roger Scruton
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LE DÉSIR SEXUEL

29,00
ROGER SCRUTON
Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

DESCRIPTION

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le désir sexuel, une enquête philosophique paru en 1986 sous le titre Sexual Desire: A Philosophical Investigation. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

CITATIONS DU LIVRE

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chosequi lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
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LE DÉSIR SEXUEL

29,00
ROGER SCRUTON
Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

DESCRIPTION

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le désir sexuel, une enquête philosophique paru en 1986 sous le titre Sexual Desire: A Philosophical Investigation. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

CITATIONS DU LIVRE

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «
“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”
« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chosequi lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »
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Le visage de Dieu

24,00

Description

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le visage de Dieu paru en 2012 sous le titre The Face of God. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Roger Scruton

Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

Extraits du livre

« Sourire est une manière d’être présent dans le visage ; une autre manière est d’embrasser. Alors qu’un sourire sincère est involontaire, un baiser sincère est voulu. C’est du moins vrai pour le baiser d’affection. Dans le baiser de passion érotique, cependant, la volonté est aussi partiellement dépassée et dans ce contexte, le baiser purement voulu a une apparence d’insincérité. Le baiser érotique sincère est à la fois une expression de la volonté et un abandon mutuel. Ainsi, il nécessite une sorte de maîtrise de la bouche, pour que l’âme puisse exhaler à travers elle, et aussi s’abandonner là, à la périphérie de son être. Décrivant la tentation et la chute de Francesca da Rimini, Dante montre Francesca se remémorant le moment où elle et Paolo lisaient ensemble l’histoire de Lancelot et Guenièvre, et arrivaient au passage où Lancelot tombe victime du sourire de Guenièvre. Elle se souvient de la façon dont le sourire affectueux fut « embrassé par un tel amant ». Elle se souvient ensuite que Paolo embrasse, non pas son sourire, car elle ne souriait plus, mais sa bouche. Et à travers sa bouche, elle participe au tremblement de Paolo : « la bocca mi baciò tutto tremante « (L’Enfer, V, 136). La bouche, comme l’œil, est un point d’intersection de l’âme et du corps, de la personne et de l’animal. Francesca a pris conscience, à travers Guenièvre, de son propre sourire, puisque qu’elle a pris conscience de la liberté de choix qui soutient son amour. Puis Paolo l’embrasse, et son sourire devient une bouche, toute tremblante. Elle attribue ce tremblement à Paolo : et nous comprenons comment l’image de soi de Francesca a été vaincue. Elle éprouve son désir comme une force extérieure, une conquête, à laquelle elle est impuissante à résister, puisque cela a été transféré au « Je ». Le baiser érotique ne concerne pas seulement les lèvres : les yeux et les mains y jouent aussi un rôle essentiel. Et il est certain que Sartre a raison de penser que, dans la caresse du désir, je cherche, comme il le dit, à « incarner l’autre » – en d’autres termes, je cherche à faire passer dans la chair que je touche avec mes mains ou mes lèvres ce que Sartre appelle la liberté, et que j’appelle la perspective de la première personne. Sartre poursuit en affirmant que le désir sexuel est intrinsèquement paradoxal, car il ne peut atteindre son but qu’en possédant « une liberté comme liberté[1] » – c’est-à-dire en possédant la liberté de l’autre tout en la supprimant. Je ne suis pas d’accord avec cela. Mais je pense que le baiser du désir met en avant la même ambiguïté dans le visage que l’on retrouve dans l’alimentation. Les lèvres qu’on offre, amoureux, à un autre sont empreintes de subjectivité : elles sont les avatars du « je », invoquant la conscience de l’autre dans un don mutuel. C’est ainsi que le baiser érotique est représenté par Canova, par exemple, dans sa sculpture d’Éros et Psyché, Figure 4, et aussi par Rodin dans « Le Baiser », une œuvre initialement intitulée « Paolo et Francesca ». »
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Le visage de Dieu

24,00

Description

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le visage de Dieu paru en 2012 sous le titre The Face of God. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Roger Scruton

Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

Extraits du livre

« Sourire est une manière d’être présent dans le visage ; une autre manière est d’embrasser. Alors qu’un sourire sincère est involontaire, un baiser sincère est voulu. C’est du moins vrai pour le baiser d’affection. Dans le baiser de passion érotique, cependant, la volonté est aussi partiellement dépassée et dans ce contexte, le baiser purement voulu a une apparence d’insincérité. Le baiser érotique sincère est à la fois une expression de la volonté et un abandon mutuel. Ainsi, il nécessite une sorte de maîtrise de la bouche, pour que l’âme puisse exhaler à travers elle, et aussi s’abandonner là, à la périphérie de son être. Décrivant la tentation et la chute de Francesca da Rimini, Dante montre Francesca se remémorant le moment où elle et Paolo lisaient ensemble l’histoire de Lancelot et Guenièvre, et arrivaient au passage où Lancelot tombe victime du sourire de Guenièvre. Elle se souvient de la façon dont le sourire affectueux fut « embrassé par un tel amant ». Elle se souvient ensuite que Paolo embrasse, non pas son sourire, car elle ne souriait plus, mais sa bouche. Et à travers sa bouche, elle participe au tremblement de Paolo : « la bocca mi baciò tutto tremante « (L’Enfer, V, 136). La bouche, comme l’œil, est un point d’intersection de l’âme et du corps, de la personne et de l’animal. Francesca a pris conscience, à travers Guenièvre, de son propre sourire, puisque qu’elle a pris conscience de la liberté de choix qui soutient son amour. Puis Paolo l’embrasse, et son sourire devient une bouche, toute tremblante. Elle attribue ce tremblement à Paolo : et nous comprenons comment l’image de soi de Francesca a été vaincue. Elle éprouve son désir comme une force extérieure, une conquête, à laquelle elle est impuissante à résister, puisque cela a été transféré au « Je ». Le baiser érotique ne concerne pas seulement les lèvres : les yeux et les mains y jouent aussi un rôle essentiel. Et il est certain que Sartre a raison de penser que, dans la caresse du désir, je cherche, comme il le dit, à « incarner l’autre » – en d’autres termes, je cherche à faire passer dans la chair que je touche avec mes mains ou mes lèvres ce que Sartre appelle la liberté, et que j’appelle la perspective de la première personne. Sartre poursuit en affirmant que le désir sexuel est intrinsèquement paradoxal, car il ne peut atteindre son but qu’en possédant « une liberté comme liberté[1] » – c’est-à-dire en possédant la liberté de l’autre tout en la supprimant. Je ne suis pas d’accord avec cela. Mais je pense que le baiser du désir met en avant la même ambiguïté dans le visage que l’on retrouve dans l’alimentation. Les lèvres qu’on offre, amoureux, à un autre sont empreintes de subjectivité : elles sont les avatars du « je », invoquant la conscience de l’autre dans un don mutuel. C’est ainsi que le baiser érotique est représenté par Canova, par exemple, dans sa sculpture d’Éros et Psyché, Figure 4, et aussi par Rodin dans « Le Baiser », une œuvre initialement intitulée « Paolo et Francesca ». »
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