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LE DÉSIR SEXUEL

Éditeur :

29,00

ROGER SCRUTON
Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

DESCRIPTION

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le désir sexuel, une enquête philosophique paru en 1986 sous le titre Sexual Desire: A Philosophical Investigation. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

CITATIONS DU LIVRE

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «

“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «

“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit «?vaincu?» par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme?: à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. «

“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène?: il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu?: d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques?; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme «?fruit défendu?» — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chosequi lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même?; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement «?naturel?». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale «?traditionnelle?» paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

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Orthodoxie, G. K. Chesterton

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Le visage de Dieu

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Description

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le visage de Dieu paru en 2012 sous le titre The Face of God. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Roger Scruton

Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

Extraits du livre

« Sourire est une manière d’être présent dans le visage ; une autre manière est d’embrasser. Alors qu’un sourire sincère est involontaire, un baiser sincère est voulu. C’est du moins vrai pour le baiser d’affection. Dans le baiser de passion érotique, cependant, la volonté est aussi partiellement dépassée et dans ce contexte, le baiser purement voulu a une apparence d’insincérité. Le baiser érotique sincère est à la fois une expression de la volonté et un abandon mutuel. Ainsi, il nécessite une sorte de maîtrise de la bouche, pour que l’âme puisse exhaler à travers elle, et aussi s’abandonner là, à la périphérie de son être. Décrivant la tentation et la chute de Francesca da Rimini, Dante montre Francesca se remémorant le moment où elle et Paolo lisaient ensemble l’histoire de Lancelot et Guenièvre, et arrivaient au passage où Lancelot tombe victime du sourire de Guenièvre. Elle se souvient de la façon dont le sourire affectueux fut « embrassé par un tel amant ». Elle se souvient ensuite que Paolo embrasse, non pas son sourire, car elle ne souriait plus, mais sa bouche. Et à travers sa bouche, elle participe au tremblement de Paolo : « la bocca mi baciò tutto tremante « (L’Enfer, V, 136). La bouche, comme l’œil, est un point d’intersection de l’âme et du corps, de la personne et de l’animal. Francesca a pris conscience, à travers Guenièvre, de son propre sourire, puisque qu’elle a pris conscience de la liberté de choix qui soutient son amour. Puis Paolo l’embrasse, et son sourire devient une bouche, toute tremblante. Elle attribue ce tremblement à Paolo : et nous comprenons comment l’image de soi de Francesca a été vaincue. Elle éprouve son désir comme une force extérieure, une conquête, à laquelle elle est impuissante à résister, puisque cela a été transféré au « Je ». Le baiser érotique ne concerne pas seulement les lèvres : les yeux et les mains y jouent aussi un rôle essentiel. Et il est certain que Sartre a raison de penser que, dans la caresse du désir, je cherche, comme il le dit, à « incarner l’autre » – en d’autres termes, je cherche à faire passer dans la chair que je touche avec mes mains ou mes lèvres ce que Sartre appelle la liberté, et que j’appelle la perspective de la première personne. Sartre poursuit en affirmant que le désir sexuel est intrinsèquement paradoxal, car il ne peut atteindre son but qu’en possédant « une liberté comme liberté[1] » – c’est-à-dire en possédant la liberté de l’autre tout en la supprimant. Je ne suis pas d’accord avec cela. Mais je pense que le baiser du désir met en avant la même ambiguïté dans le visage que l’on retrouve dans l’alimentation. Les lèvres qu’on offre, amoureux, à un autre sont empreintes de subjectivité : elles sont les avatars du « je », invoquant la conscience de l’autre dans un don mutuel. C’est ainsi que le baiser érotique est représenté par Canova, par exemple, dans sa sculpture d’Éros et Psyché, Figure 4, et aussi par Rodin dans « Le Baiser », une œuvre initialement intitulée « Paolo et Francesca ». »
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Le visage de Dieu

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Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le visage de Dieu paru en 2012 sous le titre The Face of God. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Roger Scruton

Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

Extraits du livre

« Sourire est une manière d’être présent dans le visage ; une autre manière est d’embrasser. Alors qu’un sourire sincère est involontaire, un baiser sincère est voulu. C’est du moins vrai pour le baiser d’affection. Dans le baiser de passion érotique, cependant, la volonté est aussi partiellement dépassée et dans ce contexte, le baiser purement voulu a une apparence d’insincérité. Le baiser érotique sincère est à la fois une expression de la volonté et un abandon mutuel. Ainsi, il nécessite une sorte de maîtrise de la bouche, pour que l’âme puisse exhaler à travers elle, et aussi s’abandonner là, à la périphérie de son être. Décrivant la tentation et la chute de Francesca da Rimini, Dante montre Francesca se remémorant le moment où elle et Paolo lisaient ensemble l’histoire de Lancelot et Guenièvre, et arrivaient au passage où Lancelot tombe victime du sourire de Guenièvre. Elle se souvient de la façon dont le sourire affectueux fut « embrassé par un tel amant ». Elle se souvient ensuite que Paolo embrasse, non pas son sourire, car elle ne souriait plus, mais sa bouche. Et à travers sa bouche, elle participe au tremblement de Paolo : « la bocca mi baciò tutto tremante « (L’Enfer, V, 136). La bouche, comme l’œil, est un point d’intersection de l’âme et du corps, de la personne et de l’animal. Francesca a pris conscience, à travers Guenièvre, de son propre sourire, puisque qu’elle a pris conscience de la liberté de choix qui soutient son amour. Puis Paolo l’embrasse, et son sourire devient une bouche, toute tremblante. Elle attribue ce tremblement à Paolo : et nous comprenons comment l’image de soi de Francesca a été vaincue. Elle éprouve son désir comme une force extérieure, une conquête, à laquelle elle est impuissante à résister, puisque cela a été transféré au « Je ». Le baiser érotique ne concerne pas seulement les lèvres : les yeux et les mains y jouent aussi un rôle essentiel. Et il est certain que Sartre a raison de penser que, dans la caresse du désir, je cherche, comme il le dit, à « incarner l’autre » – en d’autres termes, je cherche à faire passer dans la chair que je touche avec mes mains ou mes lèvres ce que Sartre appelle la liberté, et que j’appelle la perspective de la première personne. Sartre poursuit en affirmant que le désir sexuel est intrinsèquement paradoxal, car il ne peut atteindre son but qu’en possédant « une liberté comme liberté[1] » – c’est-à-dire en possédant la liberté de l’autre tout en la supprimant. Je ne suis pas d’accord avec cela. Mais je pense que le baiser du désir met en avant la même ambiguïté dans le visage que l’on retrouve dans l’alimentation. Les lèvres qu’on offre, amoureux, à un autre sont empreintes de subjectivité : elles sont les avatars du « je », invoquant la conscience de l’autre dans un don mutuel. C’est ainsi que le baiser érotique est représenté par Canova, par exemple, dans sa sculpture d’Éros et Psyché, Figure 4, et aussi par Rodin dans « Le Baiser », une œuvre initialement intitulée « Paolo et Francesca ». »
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L’État Servile – H. Belloc

22,00

Description

Première traduction française de l’œuvre de référence d’Hilaire Belloc (1870-1953) sur le distributisme. (Traduction, étude introductive et notes de Radu Stoenescu – philosophe, avec un dossier annexe important)

Hilaire Belloc

Belloc était un homme de conviction, passionné et intègre. Certains le considéraient même comme fanatique. Mais il aurait certainement assumé cette appellation car selon lui, le fanatique, c’est l’homme qui « tient parole » malgré tout, mais pas n’importe quelle parole, pas « le paiement ponctuel du loyer », mais « la grande Parole que chaque Homme a donnée à Dieu avant que sa vie ne commence ». C’est pourquoi la façon dont Belloc a vécu peut éclairer ses idées, et plus particulièrement sa conception de la propriété, puisque c’est la « critique de la vie quotidienne » qui est la base de toute réflexion vivante. Orphelin de père à l’âge de deux ans, d’une famille cultivée mais ruinée par un krach boursier, Belloc ne fut pas un « révolutionnaire de métier », mais un travailleur acharné qui économisa sou après sou et qui l’investit, devenant lui-même un petit propriétaire terrien. Il épousa la femme qu’il aimait, et qui s’éteint prématurément, deux ans après la publication de l’Etat servile. Resté veuf alors qu’il avait encore quarante ans à vivre, il fut « un grand aventurier des temps modernes », c’est-à-dire qu’il fut père de famille, perdant un fils dans chacune des guerres mondiales. Avec les fruits de son travail, il s’acheta aussi un petit yacht et devint un marin aguerri. En somme, Belloc fut un homme ancré dans les réalités ordinaires, luttant contre les difficultés, appréciant les beautés et les richesses du monde et les fructifiant, à la fois pour son profit et celui des siens, à l’opposé d’un idéologue ascétique, qui peste seulement contre les injustices du monde, mais ne créé aucune valeur. Un marxiste dirait qu’il était petit-bourgeois. C’est vrai, et il aurait été fier de cette petitesse, car un « grand-bourgeois » est souvent un magnat tyrannique. Ce que maintient Belloc, c’est que la question morale, économique et politique essentielle, ce n’est pas l’élimination du bourgeois, comme le souhaitaient les communistes, et qui a abouti à des crimes effroyables, mais c’est la taille du bourgeois. C’est à elle que peut se ramener le projet « distributiste » : dépecer les géants économico-politiques pour que les modestes forces de chacun retrouvent une certaine valeur pratique, pour que les efforts individuels pour s’élever vers une autonomie financière ne soient pas écrasés par des forces titanesques. Belloc restaure, à la fois par son exemple et par sa théorie, la grandeur morale de la petitesse. A son échelle, Belloc a accompli une sorte de « rêve américain », s’élevant socialement par le talent, le travail et l’épargne au rang de petit propriétaire, sans céder à la tentation d’une opulence obscène, ni à celle d’une pruderie agélaste.

Extraits du livre

« Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Cette phrase, prononcée à l’occasion d’une conférence du « Forum de Davos » (World Economic Forum ou WEF) est perçue comme une déclaration explicite de la volonté des puissants à déposséder les peuples. Mais disparition de la propriété privée rime-telle vraiment avec promesse de bonheur? Pourrait-on garder sa dignité et son honneur dans un monde où rien ne nous appartiendrait ? Hilaire Belloc a tranché cette question par la négative dans ce texte écrit déjà en 1912, intitulé sobrement L‘Etat servile. George Orwell écrivait en 1940 que « dans ce livre Belloc avait anticipé avec une étonnante précision tout ce qui se passe maintenant. » (Time and Tide, Londres, 6 avril 1940) On peut lire 1984 d’Orwell comme l’illustration romanesque des idées de Belloc.  La géniale perspective orwellienne, selon laquelle « celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur », a aussi son origine chez Belloc. Notre auteur, historien formé à Oxford, homme politique et un des écrivains anglais les plus importants de la première moitié du XXe siècle, avait remarqué que le pouvoir politique avait opéré une immense réécriture de l’histoire anglaise. Pour asseoir son autorité « anglicane », l’oligarchie libérale avait gommé l’importance écrasante du catholicisme dans la genèse de la Grande Bretagne. La corruption de la mémoire historique comme méthode de manipulation politique – thèse qu’Orwell explique au grand jour, et qui a fait la fortune de sa dystopie, vient de ce petit ouvrage de Belloc. Révolutionnaire pour son époque, cet essai a été aussi une inspiration majeure du prix Nobel d’économie F. von Hayek, auteur de La route de la servitude (1944).  La polysémie du mot « Etat » permet à Belloc de traiter à la fois de la condition humaine et des gouvernements où l’esclavage est pratiquement rétabli, que ce soit au profit de grands monopoles capitalistes ou de la centralisation bureautique collectiviste. Le diagnostic de Hilaire Belloc, c’est que le capitalisme est fondamentalement instable, ce qui l’entraîne vers la concentration des moyens de production et l’asservissement des masses, auxquelles il garantit en échange une certaine satisfaction et une certaine sécurité: en bref, les puissants achètent la paix sociale avec la Sécurité sociale. En France, cette sécurité sociale est désormais légalement obligatoire, avec des TAXES qui atteignent 50% des revenus. C’est cela un des traits de l’Etat servile : les dominés sont obligé de financer leur domination, par peur de la précarité.  Plus encore, Belloc ferraille contre l’Etat tutélaire et « redistributeur des richesses » parce que ces prélèvements obligatoires empêchent l’individu économe, frugal et travailleur d’accumuler de l’épargne. Ces économies, les « richesses mises en réserve pour les besoins de la production future et non pour la consommation immédiate, (…) portent le nom de capital », rappelle Belloc. Or, en étant taxé d’une façon indécente par un Etat monstrueux, jamais un salarié ne peut devenir petit propriétaire autonome, en se constituant un capital propre. Les mathématiques sont impitoyables, et chacun peut refaire le calcul pour montrer la justesse des analyses de Belloc : en 2023, un travailleur en CDI au SMIC est contraint de cotiser, selon les chiffres officiels, 653 euros par mois pour la retraite et l’assurance maladie, ce qui fait 7836 euros par an. S’il disposait librement de cet argent et qu’il le plaçait chaque année, même à seulement 5% par an, à supposer même que son salaire n’augmente pas, avec les intérêts composés, en 43 ans il obtiendrait 1 120 495 euros. En faisant l’hypothèse qu’il vive encore 35 ans, même en mangeant simplement le capital épargné, il aurait une retraite mensuelle de 2667 euros. Certes, on devrait prendre en compte l’inflation et divers accidents de la vie, mais on a aussi présupposé que son salaire n’allait pas non plus augmenter en 43 ans, alors qu’il suivrait certainement la hausse des prix. Comparez cela avec le montant que quelqu’un qui a travaillé toute sa vie au Smic touche actuellement : 961 euros ! C’est là que se trouve la raison profonde pour laquelle Belloc attaque « la loi sur les assurances », entrée en vigueur en Grande-Bretagne l’année de la parution de l’Etat servile. Belloc y voit un de ses signes annonciateurs, non pas parce qu’avec sa santé de fer, il aurait été indifférent au sort des indigents, mais parce qu’il s’était aperçu que ces prélèvements obligatoires étaient le début d’un engrenage qui menait à l’appauvrissement de tous. Pour échapper à cette dérive liberticide, Belloc fait de la petite propriété privée et de la décentralisation la seule alternative viable. Le dernier bastion de liberté individuelle tombera le jour où « l’on ne possédera rien ». Celui qui s’opposera à la machine étatique rentrera dans le rang ou mourra de faim. L’originalité de Belloc par rapport aux critiques de « gauche », c’est de mettre l’accent sur le partage, non pas des richesses produites, mais des moyens d’en produire. Pour échapper au capitalisme actuel, c’est le nombre des capitalistes qui devrait augmenter, comme le disait l’ami de Belloc, G. K. Chesterton. Tel est le sens du distributivisme, qu’ils ont développé à quatre mains: non pas mieux répartir les fruits d’une production massifiée et aliénée, mais mieux répartir la propriété des moyens de production. L’horizon est l’avènement d’une société de propriétaires responsables et travailleurs, à l’opposé à la fois du communisme étatiste et du capitalisme de l’Etat-Providence, immenses machines asservissantes. Ce livre devrait intéresser particulièrement ceux qui s’intéressent à la doctrine sociale de l’Eglise, et les lecteurs de Frédéric Hayek, Jacques Ellul, Leopold Kohr, Ivan Illich, Olivier Rey, Guy Debord et G. K. Chesterton, c’est-à-dire tous ceux qui aiment encore la liberté, et méditent sur les conditions concrètes de son expression politique.
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L’État Servile – H. Belloc

22,00

Description

Première traduction française de l’œuvre de référence d’Hilaire Belloc (1870-1953) sur le distributisme. (Traduction, étude introductive et notes de Radu Stoenescu – philosophe, avec un dossier annexe important)

Hilaire Belloc

Belloc était un homme de conviction, passionné et intègre. Certains le considéraient même comme fanatique. Mais il aurait certainement assumé cette appellation car selon lui, le fanatique, c’est l’homme qui « tient parole » malgré tout, mais pas n’importe quelle parole, pas « le paiement ponctuel du loyer », mais « la grande Parole que chaque Homme a donnée à Dieu avant que sa vie ne commence ». C’est pourquoi la façon dont Belloc a vécu peut éclairer ses idées, et plus particulièrement sa conception de la propriété, puisque c’est la « critique de la vie quotidienne » qui est la base de toute réflexion vivante. Orphelin de père à l’âge de deux ans, d’une famille cultivée mais ruinée par un krach boursier, Belloc ne fut pas un « révolutionnaire de métier », mais un travailleur acharné qui économisa sou après sou et qui l’investit, devenant lui-même un petit propriétaire terrien. Il épousa la femme qu’il aimait, et qui s’éteint prématurément, deux ans après la publication de l’Etat servile. Resté veuf alors qu’il avait encore quarante ans à vivre, il fut « un grand aventurier des temps modernes », c’est-à-dire qu’il fut père de famille, perdant un fils dans chacune des guerres mondiales. Avec les fruits de son travail, il s’acheta aussi un petit yacht et devint un marin aguerri. En somme, Belloc fut un homme ancré dans les réalités ordinaires, luttant contre les difficultés, appréciant les beautés et les richesses du monde et les fructifiant, à la fois pour son profit et celui des siens, à l’opposé d’un idéologue ascétique, qui peste seulement contre les injustices du monde, mais ne créé aucune valeur. Un marxiste dirait qu’il était petit-bourgeois. C’est vrai, et il aurait été fier de cette petitesse, car un « grand-bourgeois » est souvent un magnat tyrannique. Ce que maintient Belloc, c’est que la question morale, économique et politique essentielle, ce n’est pas l’élimination du bourgeois, comme le souhaitaient les communistes, et qui a abouti à des crimes effroyables, mais c’est la taille du bourgeois. C’est à elle que peut se ramener le projet « distributiste » : dépecer les géants économico-politiques pour que les modestes forces de chacun retrouvent une certaine valeur pratique, pour que les efforts individuels pour s’élever vers une autonomie financière ne soient pas écrasés par des forces titanesques. Belloc restaure, à la fois par son exemple et par sa théorie, la grandeur morale de la petitesse. A son échelle, Belloc a accompli une sorte de « rêve américain », s’élevant socialement par le talent, le travail et l’épargne au rang de petit propriétaire, sans céder à la tentation d’une opulence obscène, ni à celle d’une pruderie agélaste.

Extraits du livre

« Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Cette phrase, prononcée à l’occasion d’une conférence du « Forum de Davos » (World Economic Forum ou WEF) est perçue comme une déclaration explicite de la volonté des puissants à déposséder les peuples. Mais disparition de la propriété privée rime-telle vraiment avec promesse de bonheur? Pourrait-on garder sa dignité et son honneur dans un monde où rien ne nous appartiendrait ? Hilaire Belloc a tranché cette question par la négative dans ce texte écrit déjà en 1912, intitulé sobrement L‘Etat servile. George Orwell écrivait en 1940 que « dans ce livre Belloc avait anticipé avec une étonnante précision tout ce qui se passe maintenant. » (Time and Tide, Londres, 6 avril 1940) On peut lire 1984 d’Orwell comme l’illustration romanesque des idées de Belloc.  La géniale perspective orwellienne, selon laquelle « celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur », a aussi son origine chez Belloc. Notre auteur, historien formé à Oxford, homme politique et un des écrivains anglais les plus importants de la première moitié du XXe siècle, avait remarqué que le pouvoir politique avait opéré une immense réécriture de l’histoire anglaise. Pour asseoir son autorité « anglicane », l’oligarchie libérale avait gommé l’importance écrasante du catholicisme dans la genèse de la Grande Bretagne. La corruption de la mémoire historique comme méthode de manipulation politique – thèse qu’Orwell explique au grand jour, et qui a fait la fortune de sa dystopie, vient de ce petit ouvrage de Belloc. Révolutionnaire pour son époque, cet essai a été aussi une inspiration majeure du prix Nobel d’économie F. von Hayek, auteur de La route de la servitude (1944).  La polysémie du mot « Etat » permet à Belloc de traiter à la fois de la condition humaine et des gouvernements où l’esclavage est pratiquement rétabli, que ce soit au profit de grands monopoles capitalistes ou de la centralisation bureautique collectiviste. Le diagnostic de Hilaire Belloc, c’est que le capitalisme est fondamentalement instable, ce qui l’entraîne vers la concentration des moyens de production et l’asservissement des masses, auxquelles il garantit en échange une certaine satisfaction et une certaine sécurité: en bref, les puissants achètent la paix sociale avec la Sécurité sociale. En France, cette sécurité sociale est désormais légalement obligatoire, avec des TAXES qui atteignent 50% des revenus. C’est cela un des traits de l’Etat servile : les dominés sont obligé de financer leur domination, par peur de la précarité.  Plus encore, Belloc ferraille contre l’Etat tutélaire et « redistributeur des richesses » parce que ces prélèvements obligatoires empêchent l’individu économe, frugal et travailleur d’accumuler de l’épargne. Ces économies, les « richesses mises en réserve pour les besoins de la production future et non pour la consommation immédiate, (…) portent le nom de capital », rappelle Belloc. Or, en étant taxé d’une façon indécente par un Etat monstrueux, jamais un salarié ne peut devenir petit propriétaire autonome, en se constituant un capital propre. Les mathématiques sont impitoyables, et chacun peut refaire le calcul pour montrer la justesse des analyses de Belloc : en 2023, un travailleur en CDI au SMIC est contraint de cotiser, selon les chiffres officiels, 653 euros par mois pour la retraite et l’assurance maladie, ce qui fait 7836 euros par an. S’il disposait librement de cet argent et qu’il le plaçait chaque année, même à seulement 5% par an, à supposer même que son salaire n’augmente pas, avec les intérêts composés, en 43 ans il obtiendrait 1 120 495 euros. En faisant l’hypothèse qu’il vive encore 35 ans, même en mangeant simplement le capital épargné, il aurait une retraite mensuelle de 2667 euros. Certes, on devrait prendre en compte l’inflation et divers accidents de la vie, mais on a aussi présupposé que son salaire n’allait pas non plus augmenter en 43 ans, alors qu’il suivrait certainement la hausse des prix. Comparez cela avec le montant que quelqu’un qui a travaillé toute sa vie au Smic touche actuellement : 961 euros ! C’est là que se trouve la raison profonde pour laquelle Belloc attaque « la loi sur les assurances », entrée en vigueur en Grande-Bretagne l’année de la parution de l’Etat servile. Belloc y voit un de ses signes annonciateurs, non pas parce qu’avec sa santé de fer, il aurait été indifférent au sort des indigents, mais parce qu’il s’était aperçu que ces prélèvements obligatoires étaient le début d’un engrenage qui menait à l’appauvrissement de tous. Pour échapper à cette dérive liberticide, Belloc fait de la petite propriété privée et de la décentralisation la seule alternative viable. Le dernier bastion de liberté individuelle tombera le jour où « l’on ne possédera rien ». Celui qui s’opposera à la machine étatique rentrera dans le rang ou mourra de faim. L’originalité de Belloc par rapport aux critiques de « gauche », c’est de mettre l’accent sur le partage, non pas des richesses produites, mais des moyens d’en produire. Pour échapper au capitalisme actuel, c’est le nombre des capitalistes qui devrait augmenter, comme le disait l’ami de Belloc, G. K. Chesterton. Tel est le sens du distributivisme, qu’ils ont développé à quatre mains: non pas mieux répartir les fruits d’une production massifiée et aliénée, mais mieux répartir la propriété des moyens de production. L’horizon est l’avènement d’une société de propriétaires responsables et travailleurs, à l’opposé à la fois du communisme étatiste et du capitalisme de l’Etat-Providence, immenses machines asservissantes. Ce livre devrait intéresser particulièrement ceux qui s’intéressent à la doctrine sociale de l’Eglise, et les lecteurs de Frédéric Hayek, Jacques Ellul, Leopold Kohr, Ivan Illich, Olivier Rey, Guy Debord et G. K. Chesterton, c’est-à-dire tous ceux qui aiment encore la liberté, et méditent sur les conditions concrètes de son expression politique.
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